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Fashion Week Automne-Hiver 2021 2.0

Alors que nous sommes en train de souffler amèrement les bougies pour le premier, et on espère le dernier, anniversaire de Monsieur Covid-19, voilà que la Fashion Week Automne-Hiver 2021-2022 vient de se clôturer cette semaine à Paris. L’occasion de revenir bien sûr sur les tendances que l’on a pu y repérer mais aussi de s’intéresser aux différentes mises en scènes et dispositifs utilisés par les maisons de création qui ont su donner avec leurs défilés sans spectateurs physiques un véritable spectacle digital. Tandis que les premiers défilés qui avaient eu lieu après le début de la pandémie s’étaient déroulés à distance avec des moyens limités et conventionnels de retransmission, le milieu de la mode s’est réveillé, utilisant cette situation comme une opportunité de se surpasser dans ses mises en scène (clips, courts-métrages…), faisant corps avec l’ensemble du milieu artistique. Un rappel que tous les talents combinés (designers, couturiers, chorégraphes, vidéastes, musiciens…) font naître des merveilles. La preuve, si il y en avait encore besoin, que la création et l’imaginaire ne connaissent aucune limite pour se réinventer, s’adapter à n’importe quelle circonstance. Une belle leçon visuelle et auditive mais pas que !

On peut dire que cette Fashion Week aura su nous en mettre plein les yeux, chaque choix (lieu, musique, collaboration…) n’était clairement pas laissé au hasard tout comme le teasing digital omniprésent nous tenant en haleine jusqu’à la révélation finale. Un véritable #tictac comme pour le défilé Chanel résonnait en arrière-plan. L’impatience d’enfants ou l’envie pressante de s’évader le temps de quelques minutes dans des imaginaires inspirants qui arrivent à point nommé comme un bol d’air frais pour nous rebooster ? Peut-être un peu des deux, le pari est en tout cas réussi. A commencer par le show Dior où Maria Grazia Chiuri présentait sa dernière collection au sein du château de Versailles. A défaut de pouvoir y déambuler lors d’une visite, la créatrice nous y plonge avec une ambiance type contes de fées nocturnes. La célèbre Galerie des glaces se pare de l’installation de Silvia Giambrone, intitulée « la Galerie des Ombres », miroirs de cire et d’épines sans reflet, créant un jeu de lumières et d’ombres, de paraître et d’interprétations, métaphore de notre époque construite sur l’apparence. A chacun de s’en défaire pour s’affirmer individuellement. Une scénographie d’une violente délicatesse mêlant l’histoire du lieu et la contemporanéité de l’œuvre. L’heure est au bal des créatures de la nuit dans l’enceinte de château si symbolique des festivités et fééries du XVIII -ème siècle. Les danseurs sous la direction de la chorégraphe Sharon Eyal se muent dans cet environnement, autour de ces miroirs captivants mais dangereux dans des mouvements qui s’entremêlent au pas des mannequins et de leurs robes effleurant le parquet.

La fille Dior est d’abord une enfant sage avec robes courtes, cols blancs impeccables, chaussettes montantes à l’air presque strict pour peu à peu s’évader vers d’autres horizons. L’enfant devient femme avec des tenues respectant mais s’appropriant comme toujours les codes de la maison Dior avec la Veste Bar ou le motif léopard. Tailleurs en tweed, uniformes de soldats et foulard sur la tête mais pas que. La princesse des temps modernes est rock et indépendante, elle s’aventure dans un bois dangereux avec des robes courtes aux broderies anglaises portées avec des boots, les longs manteaux sombres laissent entrevoir peu à peu des couleurs flamboyantes comme le rouge qui se glisse sur des motifs pour finir sur des robes de bal vaporeuses, aux formes asymétriques, au tulle délicat et fragile, paré de fleurs sur le point de se faner.

Changement de décor et d’ambiance, les créatures nocturnes laissent place à l’univers pop et graphique de Nicolas Ghesquière pour Louis Vuitton. Le défilé se déroulait au Louvre, plus précisément au sein de la Galerie Michel-Ange où les œuvres exposées, mises en lumière par des néons, faisaient partie intégrante de la scénographie. Comme les célèbres mallettes de la maison, les silhouettes ont pu voyager autour du monde sur les écrans des invités, en direct sur la bande son dynamique d’Around the World du presque-divorcé duo des Daft Punk. Ca y est, vous êtes dans l’ambiance ? Le créateur ne passe pas par quatre chemins et nous offre un air de liberté: des couleurs pop, des volumes à outrance sur des bombers et des capes et des illustrations décalées issues de la collaboration avec l’atelier italien Piero Fornasetti jouant avec les œuvres de l’artiste sans oublier des accessoires déjà iconiques, œuvres artistiques ou sacs à mains ? Et pourquoi pas les deux: les gravures italiennes deviennent le nouveau motif de la maroquinerie. La femme Vuitton en impose, elle est conquérante, puise son énergie dans l’antiquité gréco-romaine, un retour aux sources ne fait jamais de mal, avec sa carrure oversize et ses spartiates revisitées. Les blazers sont travaillés en patchwork et portés avec des bottes montantes en cuir. Les tenues sont pensées pour être portées de jour comme de nuit avec des robes longues acidulées en tulle en partie cachées sous des mailles, velours et imprimés captivants. Le tout avec une allure futuriste, c’est vrai qu’il est temps de se tourner vers l’avenir non ?

Du côté de chez Bruno Sialleli, les femmes et les hommes de la maison Lanvin s’en donnent à cœur joie dans un défilé présenté sous forme de clip, utilisant les derniers bijoux de technologie (merci les drones) pour offrir des plans immersifs sur la bande son de Gwen Stefani et E.V.E, Rich Girl. Nous sommes plongés dans un univers où les maîtres mots sont légèreté, fête, fun et opulence jusque dans le décor: la vidéo a été tournée dans un hôtel parisien de luxe. Les préoccupations de ces jeunes gens sont mises de côté le temps d’une soirée où le champagne coule à flot, la musique fait écho dans la rue. Les filles font les divas le temps d’une nuit et se parent de tenues qui revisitent les codes du luxe de la maison dans des versions glamours, ultra coutures et opulentes avec des coupes structurées , sur lesquelles le logo Lanvin s’impose version XXL, des robes courtes ou ultra-longues hautes en couleurs dans des matières fastes comme le satin. Les capes en plumes, l’imprimé léopard, les fausses fourrures, les paillettes, ceintures XXL et les accessoires (gants, bijoux, sacs) sont de mise. Quant aux hommes, ils se la jouent cool dans leurs uniformes apparemment décontractés qui sont en fait subtilement travaillés dans des matières encore une fois nobles: le satin (décidément) et le velours leurs permettent de passer la soirée en avec classe. Bref, ça nous rappelle de bons souvenirs, on a un peu envie d’y être et ça donne quelques idées pour nos prochaines soirées !

Enfin, si les envies de voyages se sont pour certains quelque peu éloignées, Olivier Rousteing n’était pas loin pour faire retrouver le droit chemin en nous faisant voyager pour Balmain jusqu’à atterrir …dans l’espace. Outre le fait d’avoir été inspiré comme la plupart de ses confrères par l’envie et le besoin de partir, d’explorer, bref de bouger de son canapé ou de son bureau, le créateur s’est laissé porté par les échos d’un grand voyage qu’avait entreprit à travers le monde le créateur Pierre Balmain à l’issu de son premier défilé haute couture. Nous voilà arrivés sur le tarmac d’un aéroport pour cette collection intitulée Above and beyond, en train d’observer des silhouettes de la collection femme et homme déambulant sur l’aile d’un avion. Les tenues font écho à la situation actuelle avec ce besoin primaire de protection et au vestiaire d’un voyageur. On retrouve ainsi, dans des matières techniques, des uniformes voire des combinaisons style astronautes en toile, des vestes matelassées, des blousons d’aviateur, plusieurs codes militaires, une palette de couleurs réduite d’abord aux nuances de kaki qui laissent parfois place à un jaune et orange fluos pour finir sur des ensembles au style couverture de survie. Les accessoires s’inspirent des différentes pièces d’un avion. Un voyage certes, mais en toute sécurité. On ne laisse pas non plus de côté les bijoux, lunettes et sacs au motif de la maison. On termine le voyage en fusée pour atterrir, ou plutôt flotter, dans l’espace avec des tenues un coup formelles, un coup plus pop avec un clin d’œil à la démesure des années 1980, le tout dans une ambiance futuriste.

Cette Fashion Week n’a bien entendu pas été marquée uniquement par ces quatre défilés, on pense notamment à celui d’Isabel Marant dans le parking « Double Hélice » ou au show Miu Miu au sommet des montagnesPrêt(e)s pour 2021 ?

Crédit photos / vidéos: Ludwig Bonnet, Adrien Dirand pour Dior / Gregoire Vieille, Imaxtree pour Louis Vuitton / Lanvin / Balmain

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